Analyse des rejets et coup de semonce de la DPE

En novembre 1999, peu de temps après la mise en route d'Agricompost, le bassin d'orage communal, qui jusque là ne contenait que de l'eau de pluie, est transformé en cloaque puant.  La DPE [1] effectue des prélèvements et les fait analyser. Les résultats sont édifiants. La DPE met Agricompost en demeure de cesser les déversements illicites.

Voici les documents :

document 1

document 2

document 3

Les résultats de cette analyse montrent que les rejets sont acides et chargés en matières azotées et phosphore, bien au-delà des normes admissibles.

Quelques explications :

Echantillons : Donceel 1 = prélèvement à la sortie du tuyau venant d'Agricompost, Donceel 2 = prélèvement fait dans le bassin.

pH = mesure de l'acidité de l'eau, peut varier de 1 (très acide) à 14 (très alcalin). Une eau naturelle a un pH voisin de 7. Un pH de 6 est caractéristique d'une eau qui a traversé de la tourbe ou des milieux putrides, et c'est le maximum d'acidité que peuvent supporter certaines espèces de poissons africains.  Pas la faune locale.

N-Kjeldahl : Teneur en azote organique totale.

N-NH4 : Azote ammoniacal.

N-NO3 : Azote nitrique.

N-NO2 : Nitrites.

P-total : Phosphore.

DBO5 : mesure de la pollution organique.  Les micro-organismes qui prolifèrent dans les eaux chargées en matières organiques consomment de l'oxygène diatomique gazeux dissous dans l'eau (rien à voir avec l'oxygène qui fait partie de la molécule d'eau H2O). Pour mesurer la quantité de pollution on laisse incuber l'eau testée dans des conditions standard et on mesure la quantité d'oxygène consommée par les micro-organismes. C'est la Demande Biochimique en Oxygène. Elle est souvent mesurée après 5 jours et l'abréviation est DBO5. On l'exprime en milligrammes d'oxygène par litre (mgO2/l).

DCO : On peut avoir une mesure plus rapide (2 heures au lieu de 5 jours) en mesurant la quantité d'oxygène nécessaire pour oxyder les matières organiques par voie chimique. Le résultat s'appelle la Demande Chimique en Oxygène (DCO) et s'exprime aussi en mgO2/l.  La DBO est toujours moins forte que la DCO,  mais il y a souvent une bonne corrélation entre les deux mesures.

Le résultat de ces deux mesures est d'autant plus élevé qu'il y a de matières organiques (c'est-à-dire à base de molécules composées de carbone) oxydables dans l'eau. La DCO et la DBO5 mesurent la charge polluante carbonée de l'eau usée.  A titre de comparaison, les lisiers présentent une DCO comprise entre 80.000 et 120.000 mg O2/l.

Phosphore et azote sont des engrais à priori non dangereux pour l'homme aux doses relevées, mais dans les eaux de surface ce sont des agents d'eutrophication, autrement dit : ils provoquent la prolifération d'algues vertes et bleues, qui étouffent les cours d'eau et provoquent la mort des animaux aquatiques par manque d'oxygène.  Les pollutions organiques DBO et DCO produisent les mêmes effets en consommant tout l'oxygène dissous dans l'eau.

Observations :

Les valeurs relevées ici reflètent une pollution comparable à du lisier dilué 1:10.  Les rejets de 20 m³/jr, équivalent à 2m³/jour de lisier.  Si on tient compte des normes sectorielles pour les rejets de lisier fixées à 5 l/jour/tête, le rejet d'Agricompost équivaut à celui d'une porcherie industrielle de 2.000/5 = 400 cochons.

La saturation en azote des terres agricoles de Hesbaye est telle que les fermiers de la région ne peuvent plus obtenir d'autorisation pour la moindre augmentation de leur cheptel.

On pourrait donc croire qu'une pollution aussi importante, qui plus est dans une zone de protection de captages, allait mobiliser les autorités pour la faire cesser au plus vite.

Et bien pas du tout. Cette grosse colère de la DPE n'a manifestement pas impressionné Agricompost.  La demande de rejet exigée en 1999 ne sera introduite qu'en janvier 2005, quand la commune de Donceel entamera une action en justice pour faire cesser les rejets illicites.

Pourquoi le coup de semonce de la DPE n'a-t-il pas eu plus d'effet d'un coup d'épée dans l'eau (sale)?

Ce document du CRA-W (Centre wallon de recherches agronomiques) montre les liens entre Agricompost et la DGRNE, dont la DPE, rappelons-le, fait partie.

Ceci expliquerait-il cela ?

[1] La DPE ou "police de l'environnement" est un organe de la DGRNE chargé d'intervenir en cas d'infraction portant atteinte à l'environnement. DGRNE : Direction Générale des Ressources Naturelles et de l'Environnement, dépend du ministère de l'Environnement de la Région wallonne.