Le site des riverains des centres de compostage industriel
P'tit puant
Pour les riverains, Agricompost, c'était d'abord ÇA :

La SCRL Agricompost a été constituée par un groupement d'agriculteurs, dans le but de valoriser les déchets organiques et d'en faire un amendement pour les sols en agriculture. Si l'intention est louable, la mise en œuvre fut très déplorable du point de vue des riverains.
Contrairement à ce qu'on a pu lire dans certains articles de presse, Agricompost ne fait pas du compost de déchets verts mais du co-compostage. C'est une technique visant à incorporer dans du compost des déchets industriels organiques, boues d'épuration etc. qui ne s'y prêtent pas à priori. Loin d'être au point, ce process est la source des pires ennuis : odeurs pestilencielles, écoulements de jus infects, dégagement de gaz délétères.
Agricompost s'est établi dans un ancien domaine militaire qui n'était pas du tout prévu pour ce genre d'activité et ne disposait pas des viabilités nécessaires.
Cet ancien dépôt de matériel militaire est constitué de hangars métalliques vétustes reliés par une voirie en béton et d'un petit bâtiment administratif. Il n'y a pas d'égout. Comme il est situé sur un point culminant, pour éviter de noyer les champs en contrebas, les eaux de pluie collectées par les toitures et la surface bétonnée sont envoyées dans une VA, c'est à dire une simple canalisation, vers un bassin d'orage situé à 0,5 km de là. Cette VA continue ensuite jusqu'au village de Jeneffe où elle débouche à ciel ouvert. Un bassin d'orage sur le site même est désaffecté.
Le dépôt est sur le territoire de Grâce-Hollogne, le bassin d'orage est sur Jeneffe et est devenu communal, un "héritage" de l'armée.
La route qui dessert l'installation est une ancienne chaussée romaine, rectiligne mais étroite, sur laquelle des véhicules lourds n'arrivent à se croiser qu'en mordant sur l'accotement, ce qui démolit l'asphalte au bord de la chaussée. Le trafic de véhicules de plus de 7,5 t y est interdit, sauf desserte locale. Inutile de dire que c'est un vœu pieux, les radars automatiques ne font pas ce genre de contrôle.
À la fin de l'année 1999, l'entreprise commence à travailler dans cette infrastructure totalement inadaptée à son activité. Des quantités énormes de matières y affluent, souvent en état de décomposition avancé, la fermentation primaire se déroule à l'air libre et sous l'influence des intempéries. Il n'y a pas de système d'aspiration, pas d'épuration des eaux souillées par les lixiviats. Ces eaux gravement polluées sont rejetées dans la nature, en infraction totale avec le permis d'exploiter qui interdit formellement un tel rejet. La vue aérienne qui ouvre le site Internet de l'entreprise montre qu'à l'époque les tas de matières recouvrent toute la surface bétonnée.
En outre, le village le plus proche n'est qu'à 400 m de là et sous les vents dominants. Voir carte. Pour implanter une activité de traitement de déchets à grande échelle, ce n'est pas vraiment le choix idéal.
Agressés par les Odeurs de putréfaction intenses et persistantes, constatant une grave Pollution des eaux de surface et de la VA qui traverse le village de Jeneffe, et craignant une pollution des captages d'eau potable tout proches, les riverains se lancent dans une série d'actions de protestation et exigent la révision du permis d'exploiter et la cessation des infractions.
Le 20 juillet 2002, le permis d'exploiter est enfin modifié et des mesures antipollution y sont ajoutées. L'interdiction de rejet d'eaux souillées est confirmée. Voici une des dispositions principales destinée à réduire fortement les odeurs :
"Les andains en phase de fermentation (par opposition à la phase de maturation) sont soit placés dans une enceinte fermée, soit placés sur une aire conçue pour assurer une aération forcée des andains. Quelle que soit l'option choisie, l'air aspiré passe dans un biofiltre avant rejet à l'atmosphère."
Pour s'adapter, l'entreprise a un délai de 15 mois courant jusque décembre 2003.
Début 2004, la situation est la suivante :
Fin 2004, une nouvelle pollution grave du bassin d'orage communal est la goutte qui fait déborder le vase. Jusqu'à 90 m³/jour de rejets illicites sont avoués. Après une ultime tentative de conciliation infructueuse, la commune de Donceel poursuit l'exploitant en justice.
En juin 2005, la procédure judiciaire a produit des résultats :
Fin décembre 2005, un biofiltre est enfin installé. Avec deux ans de retard. Mais l'hiver sera plus puant que jamais, de grands déplacements de matières ayant lieu à l'air libre.
Entretemps, les riverains ont entrepris une nouvelle série d'actions. Reçus par le ministre de l'environnement, ils parviennent à le sensibiliser au problème et en mars 2006 une réunion est consacrée à l'examen détaillé de leurs griefs. En juillet 2006 un plan d'assainissement en huit points est présenté par l'entreprise, comportant des mesures enfin sérieuses contre les odeurs, qui devront être évaluées dès la fin de l'année.
Durant l'été 2006, on constate une amélioration, mais avec la saison des betteraves les odeurs reviennent, de manière sporadique toutefois. L'entreprise semble réagir de manière plus responsable quand des plaintes lui sont adressées.
Depuis lors, la situation a bien évolué. Les odeurs ont finalement atteint un niveau tolérable, tant en intensité qu'en fréquence.