Le site des riverains des centres de compostage industriel
P'tit puant
Inter-Environnement Wallonie — V. Paternostre : 081/25.52.80 v.paternostre@iewonline.be
La gestion des déchets biodégradables et notamment des déchets verts est une des pierres angulaires de la gestion des déchets. En effet, en Région wallonne, la fraction relative à la matière organique compostable dans les poubelles ménagères représente en moyenne plus de 50 % de la masse des déchets[1]. A cette fraction fermentescible des ordures ménagères (FFOM), il convient d'ajouter une autre source de matières organiques: les déchets verts des ménages qui sont composés de la fraction ligneuse des déchets de jardins (tontes de pelouse, feuilles mortes, déchets de taille, …).
C'est donc un gisement important qu'il convient de gérer de façon particulière car ces déchets ne sont ni aptes à être enfouis en C.E.T. (émissions de méthane) ni aptes à être incinérés (PCI[2] peu élevé). Au niveau européen, les acteurs réclament de façon unanime la mise en place d'une législation spécifique à ce type de déchets (cfr annexe).
En Région wallonne, les déchets verts sont en général collectés par l'intermédiaire des parcs à containers. Ils sont ensuite traités dans des centres de compostage (voir ci-après). Il y a très peu de collectes sélectives de la FFOM. Cette fraction est donc actuellement largement dirigée vers les unités d'élimination classiques (décharges, incinérateurs).
Cette situation est cependant appelée à changer car selon l'A.G.W. du 18 mars 2004 interdisant la mise en décharge de certains déchets, il sera interdit d'enfouir des déchets organiques biodégradables à partir du 1er janvier 2010. A noter qu'il est déjà interdit d'enfouir les déchets issus d'une collecte sélective auprès des ménages ou résultant d'un apport volontaire (donc les déchets verts de jardins).
La décision du G.W. du 17 juillet 2003 concernant la réorientation de la prévention et de la gestion des déchets ménagers 2003-2008 a porté sur la réorganisation des infrastructures de gestion des déchets. En matière de déchets verts (dont le gisement est estimé à 200.000 t), le Gouvernement wallon avait prévu de soutenir notamment :
La Déclaration de politique régionale prévoit quant à elle la réévaluation de ce plan d'équipement[3]. Dans plusieurs interpellations parlementaires concernant les nuisances des installations de compostage, le Ministre Lutgen a réaffirmé la nécessité de développer un nombre suffisant d'infrastructures de compostage de déchets verts[4].
En ce qui concerne la législation relative au permis d'environnement, les installations de compostage sont des installations classées (rubrique 90.23.11). Il s'agit d'installations
Les conditions sectorielles d'exploitation relatives aux installations de compostage de classe 2 sont en préparation.
IEW et les associations de riverains reconnaissent l'intérêt de dévier les déchets verts et la FFOM des installations d'élimination "classique". En cela, ils soutiennent le développement des filières de traitement spécifique des déchets verts. Cependant, ces opérations de traitement doivent être bien menées et de la façon la plus neutre possible pour l'environnement et les riverains.
Les associations dénoncent le fait que la plupart des installations de traitement des déchets verts actuellement en activité en Région wallonne occasionnent de nombreuses nuisances. IEW et Gambonair ont effectué une enquête auprès des groupes riverains d'installations industrielles de compostage afin d'identifier et de cerner ces impacts sur l'environnement. De façon générale, il apparaît que les véritables solutions pour remédier à ces nuisances n'ont pas encore été trouvées. En outre, dans certains cas, les autorités politiques n'y attachent que peu d'importance alors qu'elles affectent la vie quotidienne des riverains de ces centres.
Une table-ronde organisée le 22 juin 2005 par IEW et Gambonair a réuni différents comités riverains des centres de compostage et permis de mettre en exergue les nuisances de tout ordre liées à ces installations. Elle a également été l'occasion de débattre des propositions pour remédier à ces situations. Ces propositions font l'objet du présent cahier de revendications.
En ce qui concerne les déchets verts, selon la décision du G.W. du 17/07/2003, le tonnage à traiter en Région wallonne est de 200.000 tonnes par an. Il était prévu de "finaliser le réseau existant d'unités de compostage de déchets verts via des extensions, modernisations ou créations" : agrandissement du site de Naninne, modernisation du centre d'Habay, création de centres à Ghislenghien et Pecq et adaptation du centre de Thumaïde, création d'une unité à Havré, soutien des centres de Eupen, Grâce-Hollogne, Seraing et Theux, création d'un centre à Couillet et d'un centre à Templeuve, modernisation du centre de l'IBW[5].
Comme déjà mentionné, la DPR prévoit une révision de cette décision, alors que certaines des actions prévues dans celui-ci ont déjà été confirmées (par exemple confirmation du centre de Froidchapelle).
Les associations revendiquent une planification transparente par rapport à l'implantation des différents centres de compostage en Région wallonne. Elles souhaitent que le G.W. évalue l'opportunité environnementale et économique d'installer quelques centres de compostage de grande taille dans des localisations adaptées plutôt qu'une multitude de petits centres.
Les échanges menés au cours de la table-ronde ont permis d'établir une série de conditions auxquelles toute installation de compostage industrielle devrait répondre. Dans le cas d'installations existantes, un délai raisonnable maximum (par exemple 2 ans) devrait être prévu pour que celles-ci s'adaptent à ces normes.
IEW insiste depuis longtemps sur le fait que l'impunité des infractions environnementales ressentie par la population et plus particulièrement par les riverains d'installations contrevenant à la législation environnementale est une des racines du phénomène Nimby[7].
Or, les moyens accordés à la DPA ne lui permettent pas actuellement de remplir son rôle de manière satisfaisante, "provoquant la déception de ces clients : plaignants, Procureurs du Roi, autorités communales"[8].
En l'absence d'une DPA pleinement efficace, les associations demandent d'imposer une réception de l'installation avant sa mise en service et un contrôle régulier des installations (éventuellement par un service indépendant de l'administration.)
En cas d'infractions à la législation constatée par l'organisme, celui-ci saisira la justice et en informera les autorités locales.
Nous rappelons par ailleurs nos propositions pour améliorer le contrôle des infractions environnementales :
La protection de l'environnement ne peut être assurée que si elle s'accompagne d'une protection juridictionnelle effective.
IEW revendique depuis longtemps un meilleur accès à la justice pour les associations de protection de l'environnement et a fait de nombreuses propositions en ce sens[9] qu'elle réitère à l'occasion de ce cahier de revendications. Plus spécifiquement, elle rappelle sa demande pour que les associations puissent ester en justice dans un délai inférieur aux trois ans d'existence prévus actuellement.
IEW demande également au G.W. de s'inspirer des pratiques françaises qui étendent la période de recours ouverte "aux tiers, personnes physiques ou morales, communes intéressées ou leurs groupements" à 4 ans suivant la publication ou l'affichage des permis[10].
[1] Enquête RDC Environnement sur la composition de la poubelle des ménages 2001-2003, voir EEW 2004 (p. 75)
[2] PCI : pouvoir calorifique
[3] DPR 2004-2009, p. 94
[4] voir notamment CRA n°24, 2/02/05
[5] Communiqué de presse du Ministre Foret du 17/07/2003
[6] il pourrait être intéressant d'étudier les possibilités de brûler les gaz exhaustés dans un moteur à gaz et de produire de la bioénergie tout en supprimant les odeurs.
[7] cfr Remédier aux infractions environnementales, les propositions d'Inter-Environnement Wallonie, février 2001
[8] voir notamment rapport 2004 de la DPE, p. 5
[9] cfr "Protection de l'environnement :Pour un meilleur accès à la justice, Les propositions des quatre fédérations d'associations environnementales (août 2002)", disponible sur http://www.iewonline.be
[10] cfr par exemple Arrêté préfectoral accordant à la S.A. Recydem l'autorisation d'exploiter un centre de traitement de déchets ménagers et banals à Lourches, Préfecture du Nord, 1/10/2003