Le compostage, qu'est-ce que c'est ?

À priori, ce n'est rien d'autre que reproduire ce que fait la nature avec ses "déchets organiques" : dépouilles d'animaux, débris végétaux restituent à la terre les éléments prélevés.

Une chaîne de démontage.

La décomposition des matières organiques dans le milieu naturel est une succession d'étapes au cours desquelles différents acteurs vont "démonter" ce qui fut vivant, jusqu'au retour à la terre et à l'air de tous ses constituants chimiques, principalement du carbone et de l'azote pour les végétaux.

Au début, ce sont des micro-organismes, bactéries et moisissures, qui vont s'attaquer aux cellules et les disloquer, pour "digérer" leurs constituants.  Tant qu'il y a assez d'humidité et de matières assimilables, ces micro-organismes proliférèrent.

L'action de ces "microbes" provoque une nette élévation de température.  Vous pouvez le constater en mettant la main dans des tontes de pelouse après à peine une heure : ça chauffe !

Trois étapes.

  1. Pendant la phase de fermentation initiale, on observe une pointe d'activité et de chaleur, et une forte consommation d'oxygène.  La température s'élève jusqu'à 70°C et plus, tuant les graines présentes dans les matières.  L'eau s'évapore, ça "fume".
  2. Ensuite, le processus se ralentit, la chaleur diminue et la consommation d'oxygène aussi : c'est la phase de maturation. La température ne dépasse plus 30°.
  3. Par la suite, des invertébrés, insectes et crustacés détritivores : larves, vers, collemboles, cloportes, vont à leur tour décortiquer ce qui reste pour former, après la maturation, un compost : produit stabilisé, hygiénique car débarrassé des graines adventices et riche en humus.  Jusque 60% de la masse initiale a "disparu" sous forme de gaz et de vapeur d'eau.

Aérobie - anaérobie.

En présence d'oxygène, ce sont essentiellement des bactéries dites aérobies qui vont travailler.  Le fruit de leur "digestion" aura pour effet de lier l'oxygène au carbone et à l'azote en formant :

Ces gaz sont inodores. L'élévation de température va favoriser l'évaporation de l'eau.

Si l'oxygène est  insuffisant ou absent, d'autres types de bactéries, dites anaérobies, vont se mettre à l'œuvre et dégrader les éléments en les liant à d'autres molécules que l'oxygène.  Des gaz beaucoup moins discrets vont se former, comme :

Parmi ces derniers, les mercaptans ont une odeur très désagréable, et constituent un signal répulsif extrêmement bien détecté par notre odorat : pour éviter la contamination, prenez vos distances !

Ces gaz seront au contraire un signal très attractif pour les animaux et insectes nécrophages : à table les mouches !

Inégalité des chances.

Les "déchets verts" se prêtent bien au compostage.  Après tout, c'est principalement avec ça que la nature fabrique du terreau. Les matières ligneuses épaisses : branches et troncs, mettront toutefois des années à se décomposer, à moins qu'on ne les réduise en petits éléments grâce au broyeur. Observons aussi que la nature y va progressivement : jamais plus que quelques centimètres à la fois.

Par contre, les matières compactes, trop riches en eau ou en carbone ne permettent pas la décomposition aérobie : elles pourrissent.  C'est le cas entre autres des carcasses d'animaux (70% d'eau), des fruits et légumes, des pulpes, des boues.  Outre des odeurs nauséabondes, le pourrissement produit beaucoup d'eau, des "jus" infâmes et malodorants, les lixiviats.[1]

Alternatives.

Pour ces dernières, la biométhanisation est plus indiquée. C'est un procédé où on favorise la fermentation anaérobie.  On récupère le méthane pour produire de la chaleur ou de l'électricité, comme par exemple chez ITRADEC.

Une autre approche consiste à mélanger avec des déchets verts des matières à priori inaptes au compostage pour ramener l'équilibre C/N nécessaire à la fermentation aérobie. C'est le co-compostage.

Mais là, ce n'est plus vraiment du compostage.

Voir aussi : Pourquoi composter, Comment bien composter.

[1]Ce terme définit une eau qui s'est chargé en polluants en traversant des déchets, par exemple une décharge.  Désigne aussi les "jus" de décomposition des matières.