Le site des riverains des centres de compostage industriel
P'tit puant
Qui ne s'est pas posé cette question ?
Une odeur n'est pas réputée dangereuse en soi, c'est un signal d'alarme qui annonce la présence dans l'air de substances qui peuvent présenter un risque sanitaire.
Quelles substances et quels risques, voici les bonnes questions.
Deux aspects sont à envisager :
Pour ces deux types d'agent, il faut déterminer :
Enfin, on devra s'interroger sur les effets indirects que peut avoir l'odeur.
Nous ne disposons pas de résultats de mesures régulières faites sur site.
Cependant, nous pouvons trouver assez facilement dans la littérature des situations comparables dont les analyses ont été publiées. Elles permettent de conclure à la présence probable d'un certain nombre de gaz polluants.
Les gaz plus lourds que l'air, qui "coulent" en suivant le relief du sol, peuvent atteindre nos habitations, voire, ce qui est pire, stagner et s'accumuler dans les cuvettes naturelles ou les caves. Dans certaines circonstances, même les gaz plus légers que l'air peuvent atteindre des concentrations anormales dans les couches basses.
Voici quelques uns de ces gaz et les risques qu'ils présentent pour la santé.
Vu qu'on ne connaît pas les quantités de ces gaz qui pénètrent et peuvent s'accumuler dans nos maisons, qui peut affirmer qu'il ne soit pas nocif d'en respirer régulièrement ?
Les conditions de propagation étant essentiellement variables et complexes, seules des analyses de prélèvements effectués dans le panache des odeurs peuvent apporter des réponses.
Aussi incroyable que ça paraisse, pendant six ans il n'y a eu aucune analyse permettant d'évaluer la présence dans l'air que nous respirons de ces gaz produits en énormes quantités.
En 2005, nous avons obtenu que la DPE fasse faire des prélèvements et des analyses.
En janvier 2006, des résultats nous ont étés transmis assortis de commentaires rassurants, mais trop de questions restent ouvertes sur les conditions de prélèvement (situation par rapports aux vents et aux conditions de propagation ?), et surtout le trop petit nombre de mesures ne permet pas de tirer des conclusions et encore moins de généraliser.
Une campagne de prélèvements multipoints sous le vent, effectuée par des spécialistes entraînés et conjuguée avec un modèle de dispersion serait certainement plus appropriée. Mais elle a un coût élevé, et sa mise en œuvre aux frais de l'exploitant, comme pour les odeurs, n'a pas été prévue dans le permis d'exploiter.
On ne peut cependant pas beaucoup se tromper si on considère la même zone pour les polluants que pour les odeurs.
La littérature offre de nombreuses références en la matière, aussi bien concernant des installations en Amérique [1] qu'en Europe, dont on peut tirer quelques enseignements. Des mesures précises faites en Allemagne, où les conditions climatiques sont parfaitement comparables aux nôtres, ont été publiées [2].
Toutes s'accordent sur le fait qu'il y a dissémination de germes dans l'atmosphère, même s'il y a filtration biologique des rejets. (Dans certains cas, on a constaté que les filtres eux-mêmes étaient colonisés par les micro-organismes et en rejetaient de grandes quantités.)
On peut notamment lire dans les études allemandes :
Une étude commandée par le ministère de l'environnement de Hesse (Allemagne) indique que :
Ceci concernait des installations de compostage fermées, avec filtration des rejets.
Les germes transportés par le vent peuvent se déposer plus ou moins rapidement. Les plus légers vont le plus loin.
Certaines mesures indiquent que pour les germes de taille inférieure à 5 µm, il n'y a pratiquement pas de redéposition, ni d'attrition avec la distance. De plus, certains germes survivent aux conditions de sécheresse pendant de longues périodes.
Dans les endroits favorables à la redéposition : cour, façade exposée, caves, les germes peuvent s'accumuler de manière significative.
On ne peut pas donner de règle générale, seules des campagnes de prélèvements et d'analyses peuvent caractériser une installation.
En outre, les germes peuvent aussi être transportés par des insectes, des rats ou autres animaux parasites fréquemment attirés par les déchets.
La dangerosité des germes ne fait pas l'unanimité.
Certaines études se veulent rassurantes et indiquent que les travailleurs d'un centre de compostage ne devraient pas courir de risque s'ils sont jeunes et en bonne santé. D'autres sont plus réservées et conseillent une surveillance médicale appropriée du personnel exposé.
Les études indiquent que les germes pénètrent dans l'organisme essentiellement par les voies respiratoires, et en fonction de leur dimension :
Le potentiel pathogène des germes dépend d'une multitude de facteurs, parmi lesquels leur concentration, l'état de santé de la personne exposée, la durée de l'exposition, les voies d'entrée dans l'organisme, et en particulier l'existence préalable de lésions des voies respiratoires ou de la peau (écorchures, plaies). Des dermatoses et infections de petites blessures ont été constatées.
S'il existe bien des études et des statistiques faisant état de pathologies clairement liées aux types de germes qui proviennent du compost, elles s'accordent à dire qu'on ne peut pas généraliser, chaque cas étant spécifique.
Les autorités de certains pays ont néanmoins décidé de prendre des précautions :
L'exposition aux germes est une réalité :
On a d'autant plus de chances d'être exposé qu'on est
En comparant la situation d'un travailleur d'un centre de compostage et celle d'un riverain, on s'aperçoit que les risques ne sont pas négligeables pour les riverains.
Au vu de ce qui précède, il est consternant que ni les autorités locales saisies de plaintes à répétitions ni les pouvoirs publics wallons en général ne se soient encore inquiétés de l'impact sanitaire des installations de compostage sur les populations voisines.
Exposition aux germes ne veut pas dire automatiquement maladie. La plupart des germes présents dans le compost le sont aussi partout dans la nature, quoique à des concentrations moindres. Notre système immunitaire est normalement suffisamment armé pour les neutraliser. Quelques germes spécifiques peuvent cependant déclencher des problèmes de santé. Ce sont surtout les moisissures, et spécifiquement l'Aspergillus Fumigatus, qui peuvent aussi se rencontrer dans des maisons humides et insalubres.
Les personnes en pleine santé et vigoureuses ne devraient pas s'inquiéter. Par contre, les personnes qui souffrent d'allergies, d'asthme, de lésions des voies respiratoires, devraient en parler à leur médecin traitant pour déterminer si l'Aspergillus Fumigatus est en cause.
L'été, on vit au grand air ! On ouvre portes et fenêtres, on fait chauffer le barbecue.
Un conseil : armez-vous d'un solide chasse-mouches.
Si une mouche peut sentir un excrément à cent mètres, à quelle distance repère-t-elle un tas de 50.000 tonnes ? Après avoir copieusement festoyé, combien de "passagers clandestins" va-t-elle transporter jusque chez vous ?
Attirée par l'odeur de votre barbecue (ou toute odeur de cuisine), elle adorera se promener sur vos aliments, vos assiettes, vos verres... et y laissera une impressionnante collection de germes en tout genre. Sans parler des "signatures" qu'elle va vous laisser un peu partout.
Non, vraiment, l'hygiène n'a rien gagné avec la proximité des centres de compostage !
Quel gosse n'est pas attiré par les petits ruisseaux ? C'est très gai d'y creuser des criques, construire des barrages, des ponts, puis les faire crouler dans une grande catastrophe. Et si maman appelle, pensera-t-on à se laver les mains avant de manger son quatre heure ?
Les petites filles, elles, préfèrent jouer à la "dînette", et il y a toujours un peu d'eau à trouver pas loin pour la vaisselle, voire le thé...
Les jus qui percolent des intrants et des andains de "compost" pourrissant véhiculent des germes en tous genres, contaminent le bassin d'orage, dont le trop-plein aboutit en plein milieu du village, et s'écoulent jusque Momalle.
Ne laissez plus jamais vos enfants dehors, s'ils s'avisaient de jouer dans ces eaux-là ! D'autant plus qu'elles peuvent se révéler très dangereuses.
Les odeurs ont un impact certain sur notre bien-être :
L'odeur de pourri est une alerte vitale, programmée dans notre cerveau par l'évolution.
Il y a de bonnes raisons : la décomposition n'est pas une plaisanterie. Quantité de micro-organismes : bactéries, champignons et germes divers prospèrent, libèrent des liquides et des gaz toxiques, leurs spores rendent l'air malsain jusque loin alentours. Insectes et animaux nécrophages ou détritivores prolifèrent et propagent l'infection.
L'histoire montre que ceux qui ont négligé ces signaux l'ont payé cher : peste, choléra, infections des voies respiratoires et diverses maladies ont décimé les imprudents.
Compagnons de toujours de ces misères, les rats sont maintenant identifiés comme vecteurs des germes qui en sont responsables. L'horreur qu'ils nous inspirent est également un signal puissant pour nous tenir à distance, et elle est incoercible.
La répulsion à la vue d'asticots est du même ordre : un instinct basique qui nous protège des contaminations.
C'est pour ça que l'odeur de pourri est un signal qu'on ne peut pas occulter, sauf à vivre le nez bouché.
Si ça reste occasionnel, c'est supportable. Mais la répétition induit un stress, qui, à la longue, n'est pas sans conséquences et peut mener certaines personnes jusqu'à la dépression.
NON ! C'est une très mauvaise idée :

...Pas question de choisir !
Parce que nous l'avions déjà fait ! Nous avions choisi d'habiter à la campagne, pour l'air pur, la vie saine, le parfum des fleurs, la nature.
Nous assumions que parfois ça ne sente pas la rose, quand le fermier étendait son fumier, mais ce n'était qu'un jour ou deux l'année. Et le fumier sent presque bon en comparaison.
Ce choix nous a coûté : renoncement aux facilités de la ville, coût du transport, de l'habitation, de l'entretien... Mais nous trouvions que ça valait la peine.
Alors, aux puants nous disons : NON ! Nous étions là avant vous, gardez vos mauvaises odeurs chez vous ou allez-vous-en !
[1]Minnesota Pollution Control Agency : Waste/Solid Waste fact sheet w-sw1-01, July 2005.
[2]Bestimmung der Emissionen von Mikroorganismen aus Biofiltern und der Immissionskonzentrationen im Einwirkungsbereich von Kompostierungsanlagen, B. Schilling 1, D. Heller 1, Y. Graulich 1, Dr. E. Göttlich 21 Landesumweltamt Nordrhein-Westfalen2 IWW Rheinisch-Westfälisches Institut für Wasser Beratungs- und Entwicklungsgesellschaft mbH.
[3] Pierre Lutgen : Compostage ou valorisation thermique ? Consultable online.