Le site des riverains des centres de compostage industriel
P'tit puant

Toute activité économique produit de la richesse mais aussi des nuisances : bruit, circulation, fumée, odeurs etc.
Pour les bénéficiaires de l'activité, les nuisances sont associées au profit alors ils les supportent d'autant mieux qu'ils en tirent beaucoup de profit.
Par contre, pour les autres elles constituent un préjudice.
Entre ces intérêts contradictoires, l'autorité publique doit trouver un juste équilibre.
Le premier travail sera d'objectiver la nuisance, c'est à dire en évaluer l'intensité et l'impact sur la santé, la qualité de vie et les valeurs immobilières.
Pour mettre tout le monde d'accord, il faut une méthode de mesure scientifique, capable de produire des résultats cohérents et reproductibles.
Pour mesurer la longueur d'une table, un mètre suffit. C'est direct et peu discutable.
Pour une chose invisible et impalpable comme l'électricité, il y a plusieurs dimensions et il faut des instruments spécifiques : voltmètre pour la tension, ampèremètre pour l'intensité, un compteur de kWh pour mesurer la quantité d'énergie fournie. Cependant, il existe des instruments ad hoc et simples à mettre en œuvre.
La mesure du bruit est complexe : le phénomène est perceptible mais invisible et impalpable, variable à la fois dans le temps et dans l'espace.
A la grandeur physique s'ajoute un aspect hédonique, c'est à dire le caractère agréable ou non : un bruit peut être agréable s'il est souhaité, jugé harmonieux, à un niveau plaisant. On prête à Léopold II ces mots célèbres : "La musique est un bruit qui coûte cher". Tenir compte de cet aspect n'est cependant pas possible : "des goûts et des couleurs il ne faut point disputer".
On s'en tiendra donc à des grandeurs physiques mesurables pour caractériser le bruit :
Connaissant les règles de propagation du son dans le milieu considéré, on peut passer de l'une à l'autre par calcul. On utilisera l'une ou l'autre formulation suivant le but poursuivi :

La sensibilité du récepteur.
La sensibilité de l'oreille varie suivant la fréquence du son à différents niveaux. Le bruit intense peut provoquer la douleur, des lésions réversibles ou pas, suivant le niveau et la durée d'exposition. Pour en tenir compte, on fera des mesures de moyenne, de crête ou pondérées.
Il existe des normes visant à protéger les travailleurs et les riverains contre les nuisances sonores.
Elles fixent des niveaux maxima de bruit compte tenu de l'affectation du lieu : différents suivant qu'il s'agit d'une foire, d'un dancing, d'un atelier, d'une zone résidentielle, d'un hopital. Au besoin, elles imposent le port de protections.
Pour caractériser la nuisance et ainsi vérifier l'application des normes, on dispose d'un instrument de mesure fiable, facilement transportable et simple à mettre en oeuvre : le sonomètre.
L'équivalent du sonomètre n'existe pas encore.
C'est que le problème est encore bien plus complexe, malgré quelques similitudes.
Comme pour le son, la difficulté réside dans le caractère impalpable, invisible, variable et subjectif d'une odeur. Comment caractériser une odeur ?
L'aspect hédonique est tellement subjectif qu'il est impossible d'en tirer une règle : des goûts et des couleurs... Il y a cependant des odeurs qui mettent tout le monde d'accord.
On s'en tiendra donc à l'aspect purement quantitatif.
On utilisera l'une ou l'autre grandeur suivant le cas :
Une différence importante :
Sensibilité du récepteur.
La sensibilité est le degré d'aptitude à détecter et reconnaître l'odeur. Notre odorat nous permet de détecter et de reconnaître la présence de certains gaz même très dilués, c'est à dire de molécules chimiques très dispersées, dans l'air que nous respirons.
Normes
Il n'existe pas encore de normes d'odeurs générales. Certains pays n'en ont pas du tout, d'autres exigent une absence totale d'odeur, la plupart définissent une valeur-guide pour la concentration à l'immission, entre 1 et 3 uo/Nm³, présente durant une fraction de temps maximum variant entre 2 et 5 %, dite percentile 98 ou 95, ou encore C98, C95.

Pour mesurer la présence de polluants, on utilise des méthodes scientifiques et des appareils très sensibles permettant de mesurer la présence de molécules à l'état de traces dans l'air. Par exemple, on peut aspirer un débit constant de l'air à tester à travers un filtre qui va retenir les molécules de polluants. Après un temps déterminé, on procède à une analyse spectrométrique des matières piégées dans le filtre, qui détermine leur composition chimique.
Cette méthode permet de d'établir la "signature chimique" d'une source de pollution atmosphérique.
Malheureusement, elle ne permet pas vraiment de caractériser une odeur, celle-ci résultant de mélanges subtils de très nombreuses molécules différentes, et de la concentration respective de chacune d'elles. De plus, elle ne permet qu'un contrôle à postériori, et pas une mesure en temps réel.
Force est donc de se rabattre sur un instrument beaucoup plus disponible, abordable, mobile, et suffisamment sensible : le nez humain.
Le problème, c'est la grande variabilité de cet instrument. L'expression populaire "au pifomètre" témoigne du peu de confiance qu'il inspire. Alors on trie, on sélectionne, on entraîne des "panels" de "renifleurs" dont la sensibilité est connue et régulièrement évaluée.
Le but est de délimiter la zone où les odeurs dépassent la limite autorisée par le permis d'exploiter. Celle-ci est exprimée en termes :
Exemple : extrait de l'A.M. du 20 juillet 2002 modifiant le permis d'exploiter d'Agricompost :
Les permis d'exploiter prévoient des campagnes de mesure qui peuvent être menées systématiquement ou au coup par coup, suivant le cas.
Exemple : extrait de l'A.M. du 20 juillet 2002 modifiant le permis d'exploiter d'Agricompost :
Article 7. Une campagne de mesure olfactométrique est réalisée une fois par an par un laboratoire agréé ou reconnu, aux frais de l'exploitant. Cette campagne doit comprendre au minimum une période de mesures d'été et une période de mesures d'hiver. Elle doit pouvoir, entre autre, permettre la vérification de l'observation de la condition à l'immission reprise à l'article 6 sur base de mesures et de simulations, et fait l'objet d'un rapport détaillé.
Des campagnes supplémentaires sont réalisées par un laboratoire agréé ou reconnu, à la demande écrite du fonctionnaire chargé de la surveillance, si ce dernier est saisi de plaintes pour odeurs émanant du centre de compostage qui lui paraissent justifiées, avec un maximum de 3 campagnes supplémentaires par an. Ces campagnes supplémentaires sont basées sur des périodes de mesures ne coïncidant pas avec les périodes de mesures dont question ci-dessus, et font l'objet de rapports détaillés.
L'exploitant enverra systématiquement une copie des rapports du laboratoire agréé ou reconnu au fonctionnaire chargé de la surveillance et au fonctionnaire technique.
En vertu de la convention d'Aarhus et du principe établi par l'article 32 de la Constitution, le public a accès à ces documents. Nous avons consulté les rapports des campagnes de mesure effectués pour Intradel en 2003, et pour Agricompost en 2004 et 2005.
Saluons au passage la politique de transparence et de collaboration d'Intradel, qui a volontiers communiqué son rapport, malgré qu'il établisse aussi un dépassement des limites. Glasnost !
Les mesures ont été effectuées par des experts reconnus : le Département des Sciences et Gestion de l'Environnement de l'Université de Liège. Site Web : http://www.ful.ac.be. (anciennement la FUL pour "Fondation Universitaire Luxembourgeoise").
Outre ses missions scientifiques et académiques, cet organisme assure des missions d'expertise, de conseil, d'études et d'analyses ponctuelles au bénéfice d'entreprises ou d'institutions publiques.
Nous avons extrait d'un rapport de mesures les passages décrivant la méthode de mesure. C'est technique mais ça reste compréhensible à des non-spécialistes.
Extraits du rapport du Département des Sciences et Gestion de l'Environnement de l'Université de Liège sur la campagne de mesure de février à septembre 2003, concernant Intradel.
La méthodologie mise en œuvre est celle de l'olfactométrie de terrain basée sur la détermination du seuil olfactif. En effet les normes actuelles (en France : AFNOR NF x 43 101, en Allemagne : VDI 3881, ... ) préconisent, comme grandeur caractéristique de l'odeur, le facteur de dilution au seuil de perception olfactive.
Par convention on définira le seuil de perception comme le facteur de dilution f, tel que la probabilité de détection soit 0,5. C'est à dire que, pour cette dilution 50 % des réponses des individus composant le groupe d'experts traduisent la perception de l'odeur et 50 % la non-perception. Toute autre dilution est exprimée par rapport à cette dilution de seuil olfactif qui sert d'unité de mesure de la dilution. Le seuil olfactif correspond donc arbitrairement à une unité d'odeur (u.o.), ce qui a l'avantage, pour la mesure environnementale, de permettre de travailler sur les odeurs complexes liées aux interactions entre composés odorants qui ne pourraient être exprimées sous forme de concentrations chimiques.
Sur base de la dilution au seuil de perception (fs), considérée comme grandeur fondamentale, on peut définir la notion de débit d'odeur de la source. Ce débit d'odeur, Qs, est défini comme le produit de l'air rejeté, Q, exprimé en m³ normaux par heure, par la dilution au seuil de perception (fs). Il est donc exprimé soit en m³/h, soit en u.o./h.
Qs est le débit d'air de dilution qui rend la concentration des gaz odorants dans l'effluent ainsi dilué égale à la concentration de seuil. Ce débit d'odeur (Qs) introduit donc une notion dynamique de flux, indispensable si l'on envisage de limiter les émissions d'odeurs dans l'environnement.
L'appareil utilisé en laboratoire pour la détermination des seuils olfactifs est l'olfactomètre, par contre sur le terrain, pour les expertises et études d'incidences, l'aspect spatial des résultats d'odeurs est une caractéristique fondamentale dépendant du seuil olfactif et de la dispersion assurée par les conditions météorologiques instantanées.
Une technique de terrain fréquemment utilisée est la méthode sensorielle de traçage des zones d'odeurs (méthode dite de la promenade). Dans cette méthode le capteur utilisé est le nez humain et un panel d'au moins deux observateurs est chargé de parcourir à des périodes différentes la région affectée par les émissions olfactives. Chaque personne parcourt le site d'émission dans différentes directions, en général perpendiculairement à la direction du vent comme indiqué par le " panache" de dispersion. Elle note l'endroit où elle ne perçoit plus l'odeur de la source, cet endroit est repéré sur la carte et les distances sont moyennées entre les différentes personnes du panel.
Les points obtenus sont reliés et la courbe enveloppe obtenue définit la zone limite de perception d'odeur. Celle ci dépend des caractéristiques propres de l'émission, de la hauteur de la source, de la topographie et, surtout, des conditions météorologiques (vitesse et direction du vent, classe de stabilité de l'air) qui doivent être suivies en continu durant les mesures. Seules seront retenues les mesures effectuées pendant une période ou les conditions météorologiques et celles du rejet (température, concentration et débit) ont été stables. De plus pour pouvoir être utilisée par les modèles de dispersion, le vent doit être supérieur à 1 m/s et il ne peut être tombé de précipitation durant l'essai (rabattement des odeurs). Comme la topographie locale est une constante, si l'émission peut être considérée comme stable, la dispersion du panache d'odeurs est principalement déterminée par les paramètres météorologiques tels que la vitesse du vent et la turbulence. Sur base des résultats des aires de dispersion d'odeurs, le taux moyen d'émission d'odeur est évalué. La référence est la distance maximale de perception où l'on considère un coefficient de dilution d'odeur égal à 1.
Le taux d'émission est alors calculé par un modèle de dispersion bigaussien dans lequel il est possible d'extrapoler les conditions spécifiques de la mesure aux conditions météorologiques moyennes du site considéré. Le modèle établit également des courbes isoteneurs à différent percentiles de temps de perception.
Rappelons qu'à l'extérieur de cette zone, l'odeur n'est perçue que pendant moins de 2 % du temps (soit moins de 175 heures dans l'année). En raison des impositions du permis d'exploiter, il a paru utile de fournir une vue plus rapprochée de la zone délimitée par le percentile 98 (figure 4 et 5), qui correspond d'ailleurs à ce qui est recommandé aux Pays Bas et demandé dans les conditions particulières du permis d'exploiter le centre de compostage de Jeneffe.
Si à l'intérieur de la zone définie par le percentile 98, l'odeur est perçue pendant plus de 2 % du temps (soit plus de 175 heures dans l'année), en terme de nuisance cette observation est à relativiser puisqu'il est question de perception brute et qu'aucune appréciation n'est émise sur la nuisance olfactive. D'ailleurs sur base des campagnes de mesures réalisées, l'odeur constatée par l'observateur reste somme toute agréable en raison de la nature des déchets verts traités (branchages, tontes, coupe de haies, ... ) en comparaison des odeurs émanant du centre de compostage situé plus au sud. Dans la pratique, pour les observateurs expérimentés du panel d'experts, il a toujours été possible de différencier les panaches d'odeurs émanant des deux centres en particulier sur l'aspect nuisance des odeurs perçues. Ces observations sont également corroborées par les réponses formulées par les quelques riverains rencontrés lors des campagnes de mesure et qui ont accepté de répondre à nos interrogations.
[1] Mètre cube normal : Le volume d'une certaine quantité de gaz, exprimé en m3, dépend de la température, de la pression absolue et de la teneur en humidité de ce gaz. Dans le cas d'un mètre cube normal (m3 (n)), on considère que le gaz se trouve sous une pression de 1013,25 mbar, à une température de 0° C et à l'état sec.