Un petit tour pour tout comprendre...

Pollution à la carte
La V.A. jusqu'à Momelette

Cet extrait de carte topographique (IGNB M737 feuille 41) vous montre avec précision la disposition des lieux.

Agricompost et Intradel occupent les deux anciens dépôts militaires de la Chaussée Verte, d'une superficie de 5 à 6 ha chacun, en grande partie bétonnée.

L'armée avait construit une "Voie Artificielle d'écoulement des eaux pluviales" (V.A.) tracée en bleu sur le plan ci-contre, destinée à recueillir le trop-plein des eaux de pluie pour éviter d'inonder les champs en contrebas.

Elle est constituée de canalisations enterrées partant des anciens dépôts jusqu'à un bassin d'orage infiltrant, (1) situé à 350 m d'une des deux galeries captantes principales de la CILE, représentés par les deux trait verts.

Ensuite elle repart en souterrain (2) jusqu'au milieu du village de Jeneffe où elle débouche à ciel ouvert (3), et à partir de là de fossés infiltrants jusqu'à la station d'épuration de Hodeige en passant par Momelette (4).

Ces fossés surplombent ici la seconde galerie principale de captage d'eau potable(6). (Les petits points bleus indiquent des puits d'accès ou des stations de pompage.)

Ce n'est donc absolument pas un égout, et c'était clairement stipulé dans les documents de vente des domaines de l'armée.

Dès le premier permis d'exploiter, tout rejet autre que d'eau pluviale vers le bassin d'orage était explicitement interdit, et ce fut confirmé par la suite.

Cette interdiction fut aussi clairement rappelée dans plusieurs correspondances de la CILE.

Malgré ces dispositions, Agricompost y a déversé ses rejets durant cinq ans et demi, et n'a cessé en juin 2005 que contraint et forcé par une procédure judiciaire intentée par la commune de Donceel.

Aux six points numérotés sur le plan, correspondent les photos qui suivent, prises à différentes époques en 2004 et 2005, quand les odeurs infernales venaient à la fois du compost, du bassin d'orage et des fossés charriant les jus de décomposition.

Remarquez en violet la limite entre les communes de Donceel et Grâce-hollogne.

Le quadrillage découpe la carte en carrés de 2 km de côté. Entre Agricompost et le point 6 sur la carte, il y a cinq kilomètres à vol d'oiseau.


Point 1, printemps 2004

Le bassin d'orage est un bassin d'écrêtage infiltrant.  Il est conçu pour absorber les coups d'eau des orages et fortes averses puis se vider lentement. Le fond en terre permet l'infiltration vers le sous-sol et la nappe phréatique, ce qui ne pose pas de problème avec de l'eau de pluie.

Avant l'implantation des centres il était parfaitement sain, comme en témoigne ce document officiel. On y observait des grenouilles, des épinoches et autres poissons d'eau douce. Quantité d'oiseaux s'y baignaient et s'y abreuvaient.  

Maintenant, toute vie animale en a disparu et il présente un triste spectacle. Sans parler de l'odeur écœurante. Rappelons qu'à 350 m de là court une galerie captante d'eau potable d'une des plus importantes ressources en eau du pays.

Bassin d'orage pollué
Santé !
C'est de l'eau épurée, ÇA ?
Rejet d'Agricompost
Déversoir d'Intradel, sec et propre
Canalisation d'Intradel

Rejets illicites et polluants

La cause est là : le "café" généreusement servi par la canalisation est le rejet (± 20 à 30 m³/jour avoué)  d'Agricompost.

Des analyses ont montré que les rejets à ce niveau étaient acides et fortement chargés, notamment en azote et en phosphore. D'après certaines sources, la présence de dioxines n'est pas à exclure.

En comparant la composition des rejets avec les normes sectorielles, ça équivaut au rejet d'une porcherie industrielle de 400 têtes.

Une station d'épuration privée a été installée (sans permis), mais elle fonctionne mal : en novembre 2004, plus de 90 m³/jour d'eaux non épurées furent rejetés pendant quinze jours, sans que les exploitants ne daignent en avertir la commune de Donceel.

Remarquez que la canalisation venant d'Intradel est sèche et ne montre aucune trace de pollution.


L'eutrophication de l'eau est évidente
Un milieu saccagé

Quelle soupe !

Cette mousse verte trahit l'eutrophication de l'eau, c'est à dire une teneur anormalement élevée en composés d'azote et de phosphore, résultant de rejets industriels.

"L'enrichissement excessif du milieu en substances nutritives détériore la qualité des eaux par la présence abondante des nitrates et des phosphates, ce qui provoque également le dégagement d'odeurs insupportables." (source : Eutrophisation des eaux, pollution de lac par azote et phosphore, algues)

À l'arrière-plan, on distingue les maisons du village.  Toutes fenêtres fermées, par cette belle journée de printemps !

S'il n'y avait que l'odeur ! Mais plus que jamais, méfie-toi de l'eau qui dort...


Examen de la canalisation
Bonjour l'odeur !
Chambre de visite
Que c'est noir !

Point 2, janvier 2005.

Cette chambre de visite sur le parcours souterrain de la V.A. est ouverte pour inspection. Le bourgmestre, M. Paulus, observe le jus noir qui coule au fond. Une odeur fétide en sort.

Cette conduite dessert exclusivement le bassin d'orage. En hiver et en période de gel prolongé, d'où vient ce liquide ? Si c'était de l'eau, il serait clair et inodore.


Sortie du tuyau dans le village
Encore et toujours...
Fossé infiltrant dans le village
... noir !

Point 3, janvier 2005.

C'est ici que débouche la canalisation souterraine.
Avant l'implantation des centres de compostage, ce fossé était à sec en hiver.  Maintenant, c'est un cloaque qui conduit les effluents puants d'Agricompost vers Remicourt et la station d'épuration de l'AIDE.
Si celle-ci vient à saturer, c'est tout le bassin du Geer qui verra ruiner ses efforts d'assainissement du contrat rivière.
Les agriculteurs de la région, soumis à toutes sortes de restrictions pour prévenir la pollution par l'azote, apprécieront !

Le fossé pollué est proche des habitations et sent très mauvais.


Momelette, 25 mai 2005

Les écoulements noirâtres et nauséabonds ont parcouru près de cinq kilomètres. Ils débordent sur la route. Alors que la saison est sèche et qu'il n'y a plus eu de pluie depuis des semaines, le ruissellement est encore très abondant malgré la distance, au point de couvrir par endroits la moitié de la route. Comme l'a rappelé la CILE, une galerie de captage d'eau potable court sous terre à cet endroit.

Momalle pollué
4 C'est l'inondation !!!
Aussi noir qu'à Jeneffe
5 Passage sous la route.
Un bâtiment familier
À 50m de là
C'est un puits d'accès au captage de la CILE
6 Un puits de la CILE.


Une des plus importantes ressources en eau du pays directement menacée.

La nappe aquifère de la Hesbaye a été déjà bien assez malmenée, et n'avait guère besoin de cela.

À la date où les dernières photos ont été prises, une action en référé était en cours depuis deux mois pour faire cesser les rejets illicites d'Agricompost, qui ont enfin cessé en juin 2006. Il reste que cette pollution aura perduré pendant cinq ans et demi.

Une estimation à la louche : de 30 à 45 m³/jour pendant 5½ ans, ça fait tout de même de 60.000 à 90.000 m³. Et rien n'aurait pénétré dans le sol? C'est ce que ne craignaient pas d'affirmer les exploitants, quand on leur faisait part des soucis qu'on se faisait à ce propos.

Pourtant, la CILE avait posé des conditions très strictes à la délivrance du permis d'exploiter d'Agricompost et très énergiquement tiré la sonnette d'alarme dès le 12 juillet 2001.


Le "contrat rivières" de l'Yerne torpillé.

Après avoir probablement pollué le sous-sol et répandu leurs odeurs méphitiques dans le village de Jeneffe puis de Momalle, ces effluents s'écoulaient vers la station d'épuration de l'AIDE à Remicourt.

Celle-ci n'a pas été conçue pour absorber de telles charges. Elle risquait à tout moment de saturer et relâcher les polluants dans l'Yerne, qui se jette ensuite dans le Geer.

Les efforts pour l'assainissement des cours d'eau consentis par les communes de Waremme, Donceel, Oreye, Hannut, Faimes, Braives, Verlaine, Fexhe, Crisnée, Remicourt, Geer et Berloz dans le cadre du contrat rivière se virent ainsi compromis.


Comment est-ce possible ?

Sachant comment les captages d'eau sont à juste titre protégés, et connaissant les restrictions imposées aux cultivateurs locaux pour un simple tas de fumier, on ne peut que se poser des questions. C'est peut-être ici qu'on trouvera une explication.