Robinet puant

L'eau du robinet ? Beurk !

Si vous trouvez choquant le titre de cette page, lisez donc ce qui suit.

Pour votre édification, voici un extrait d'une page de la revue des Amis de la Terre n°53 , du début 1999, où on parle justement de nos captages.

A l'époque, Agricompost n'était pas encore installé.  Que diraient-ils de la situation actuelle ?

" C'est l'histoire d'un quartier d'une commune aisée de la région liégeoise. Les habitants ont le bonheur d'ouvrir leurs robinets à une eau d'excellente qualité : l'eau du barrage d'Eupen, très douce et très pauvre en nitrates, entre autres. Des citoyens sans histoire... d'eau.

Jusqu'au jour où tout a basculé ! Désormais, l'eau du barrage d'Eupen est envoyée vers une station de traitement où elle est mélangée à une eau de (bien) moindre qualité, extraite de captages hesbignons gravement pollués.

Les citoyens sans histoire se sont mis en colère, réclamant qu'on leur restitue leur "bonne eau". Colère de se sentir dépossédé d'un bien précieux, compréhensible sans doute. Mais ce sentiment est-il pour autant légitime ? La réponse est moins évidente qu'il n'y paraît quand d'autres citoyens doivent se contenter d'une eau qui ne répondra bientôt plus aux normes légales de potabilité ?

Eau non potable + eau potable = eau potable.

Cette équation magique permet actuellement aux sociétés de distribution de fournir dans tout le réseau une eau conforme aux normes légales de potabilité. Si le principe est contestable, les normes de potabilité le sont tout autant. Prenons seulement l'exemple des nitrates : la Région wallonne admet une concentration maximale de 50 mg/litre, alors que la valeur guide (non imposée mais conseillée depuis 22 ans!) est de maximum 25 mg/litre et que l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande de ne pas dépasser 10 mg/litre pour les nourrissons, les femmes enceintes et les personnes âgées.

Le fait que de nombreux aliments contiennent jusqu'à 100 fois plus de nitrates que l'eau de boisson ne signifie pas que les nitrates contenus dans l'eau soient sans effet sur la santé ! Mais un peu comme l'arbre cache la forêt, les nitrates trahissent la présence d'autres micro-polluants comme les résidus de pesticides. Ceux-ci sont peu ou pas mesurés dans l'eau potable, alors que leurs effets sur la santé sont loin d'être assez connus pour nous faire renoncer au principe de précaution.
La pollution peut rapporter gros.
Le secteur de la dépollution est en pleine expansion. Si la pollution coûte cher a la collectivité, la dépollution enrichit le secteur privé. Ne citons qu'un exemple : les conduites d'adduction de l'eau reliant le barrage d'Eupen, les captages de Hesbaye et celui du Néblon ont coûté la bagatelle de 3 milliards financés par les contribuables. (FB à l'époque.)

Par ailleurs, les marchands d'eau en bouteille ne sont pas les derniers à profiter de l'aubaine. De toute l'Europe, le Belge est le plus grand consommateur d'eau en bouteille : un produit souvent de qualité mais à quel prix ! A raison de plus de 15.000 Bef le mètre cube, les producteurs ont tout intérêt à protéger une telle source de profit ! Bien sûr, l'image de pureté associée à l'eau en bouteilles par la machine publicitaire véhicule habilement le concept d'une société en harmonie avec l'environnement ! Mais c'est une image truquée, de laquelle ont été gommés les milliers de camions qui polluent l'atmosphère, "bouchonnent" et défoncent nos routes, ou encore les montagnes de déchets d'emballages qui s'étendent après mise en décharge jusque sous les voies du TGV !"

La Région Wallonne est consciente du problème : voyez cette étude réalisée par la DGRNE (Direction générale des Ressources naturelles et de l'Environnement ).


La SWDE (Société Wallone  de Distribution d'Eau) par contre s'attribue un bon bulletin, joint à une facture.  Au vu des chiffres et des valeurs paramétriques (= normes ?) qui s'y trouvent, on pourrait croire que tout va bien.  Seulement, quand on lit que les nitrates sont à 43 mg/l, ce n'est pas vraiment rassurant, surtout après avoir lu ce qui précède.  N'oublions pas qu'on mesure maintenant ce qui était en surface il y a des années. Le pire est sans doute encore à venir.

Nous devons cependant signaler que la toxicité des nitrates à ces doses ne fait pas l'unanimité, certains scientifiques reviennent sur ces normes.

Parmi ceux-ci, Pierre Lutgen docteur en chimie UCL, auteur d'articles et de conférences sur l'écologie scientifique, grand pourfendeur des "peurs irraisonnées" de nos sociétés, parmi lesquelles il classe les nitrates, les dioxines, les micro-ondes.

Il fait dans cet article un playdoyer pour les nitrates, qui ne seraient d'après lui toxiques qu'à des doses bien plus fortes que les normes de l'OMS, lesquelles ne reposeraient pas sur des bases scientifiques sérieuses.

Il est convaincu qu'on a exagéré aussi le danger des dioxines. Cependant, il rappelle tout de même la prudence dans cet autre article dont voici un extrait :

"Le 20 septembre 1994 a également été publiée une étude de l'Académie des Sciences en France. Elle conclut qu'il n'y a pas eu un seul cas de mortalité humaine direct ou différé à cause Seveso et que, pour l'homme, le seul effet attribuable avec certitude aux dioxines, c'est le chloracné. Le rapport montre que, "contrairement à l'opinion généralement répandue, aucun élément ne permet aujourd'hui de considérer que la dioxine et ses analogues constituent un risque majeur pour la santé publique. L'homme est peu sensible à la dioxine, et les doses auxquelles il est soumis sont très faibles." La dioxine n'est pas un initiateur du cancer.

En Allemagne le "Länderausschuss für Immissionsschutz" a également reconnu que la peur des dioxines était exagérée, surtout si on la compare aux risques réels que représentent par exemple le benzène ou les suies chargées d'hydrocarbures aromatiques polycycliques.

Un peu irresponsable dans l'état actuel de nos connaissances apparaît cependant l'épandage de composts et de boues de station d'épuration sur les sols agricoles et même les pâturages où les dioxines sont directement transférées dans le lait de vache. Les composts et les boues de station d'épuration contiennent en moyenne 300 ppb de dioxines, et parfois plus de 1000 ppb."

Rappelons que dans l'affaire qui nous occupe, on parle d'un déversement quotidien avoué de 20m³ de "jus" de compost fortement chargé, juste au-dessus des galeries captantes.

Alors, quand ces dioxines seront dans l'eau de distribution, qu'est-ce qu'on fera ?  Acheter l'eau potable en bouteille au prix fort ?  Ou se promener avec la chloracné ?

Note : pour savoir à quoi ressemble une personne souffrant de chloracné, rappelez-vous Victor Yushchenko, célèbre intoxiqué à la dioxine.

Yushchenko